Machin la Hernie

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Le monde afriqueDido 1Censuré au Congo-Brazzaville, son pays natal, l’auteur dramatique n’a pas déclaré forfait. C’est à distance qu’il « cogne » les mots pour faire entendre la voix des artistes africains. Portrait.

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« Pour faire du théâtre en Afrique, il faut boxer la situation », écrit l’auteur, metteur en scène et comédien Dieudonné Niangouna dans sa pièce M’appelle Mohamed Ali (Les Solitaires intempestifs, 2014). Depuis plus de dix ans, cette phrase est le mantra de l’artiste originaire du Congo-Brazzaville.

Interdit de séjour à Brazzaville – où il a osé dire, en 2015, « sassoufit » à l’interminable présidence de Denis Sassou-Nguesso – Dieudonné Niangouna continue de créer et de s’insurger. De donner à entendre sa langue tumultueuse, son verbe aussi prolixe qu’acerbe. A 41 ans, le voici donc poète en exil. Alors qu’il déclarait, dans un entretien à France 24 en 2014, qu’il fallait « mener le combat sur place », en Afrique, pour que  » l’artiste africain ne soit pas un produit voué à l’exportation ».

« C’est quelqu’un qui n’a pas peur de prendre des coups. » Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg. « J’ai tout de suite été frappé par son incroyable appétit de vivre, son immense générosité, sa passion de la transmission »

 Il aura mis en scène et joué deux pièces à Paris cette saison. Nkenguegi, au Festival d’automne, œuvre axée autour de la crise migratoire en Méditerranée, et Antoine m’a vendu son destin. Sony chez les chiens, au Théâtre de la Colline, hommage aussi bravache que vibrant à son maître disparu, le dramaturge congolais Sony Labou Tansi. « On a tenté d’interdire sa parole à Brazzaville, mais sa parole entre par toutes les portes : Sassou a mal calculé son coup ! »
Dieudonné Niangouna se rêvait acteur de kung-fu au cinéma. Son père, le grammairien Augustin Niangouna, promet de l’envoyer en Chine. Mais, avant de faire carrière dans ce que les néophytes appellent la « boxe chinoise », il est sommé de lire, chaque jour, un des cinq mille livres de la bibliothèque paternelle. Il découvre Sony Labou Tansi. Adieu Pékin ! Dieudonné Niangouna plonge dans le théâtre, à Brazzaville.

Les soubresauts de l’histoire rattrapent le jeune comédien. Il survit aux guerres civiles en 1993 et 1997, qui marqueront à jamais son théâtre. En 1998, Dieudonné Niangouna est pris en otage par les rebelles Ninja. « Le théâtre lui a sauvé la vie, au sens littéral du terme, raconte Etienne Minoungou. Alors qu’il allait être fusillé, un des miliciens le reconnaît et l’épargne : “Toi, tu n’es pas un soldat, tu es un ­comédien.” » « Pour Dieudonné, le théâtre est une question de vie ou de mort », poursuit-il. Rien n’arrêtera plus l’auteur. Il crée en 2003, à Brazzaville, le festival Mantsina sur scène. Il joue au Congo, au Burkina Faso, en France, en Argentine, en Allemagne. Il est le premier artiste africain associé au Festival d’Avignon, en juillet 2013.

 

 

 

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